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Psychédéliques et syndrome de l’intestin irritable : une nouvelle piste thérapeutique ?

Context personnel : découverte de mon trauma de négligence

Dans l’univers fascinant et même palpitant des nouvelles approches favorisant les capacités d’auto-guérison du corps, on rencontre un nouveau paradigme : l’intêret du fort lâcher prise, c’est à dire de l’état de transe (quitter la tête afin de s’intérioriser intensément, de plonger dans le corps même), fait son chemin au fur et à mesure que les personnes atteintes de divers troubles chroniques de santé, l’expérimentent (et en tirent des bénéficent). C’est mon cas depuis 2017, lorsque j’ai eu la chance d’expérimenter par hasard une séance de Breathwork (transe respiratoire) : j’ai été littéralment bleufé par cette expérience, puisssante, intégrative, magique. Et ce n’était que le début d’un long chemin de guérison intérieure.

Je pense que j’étais prêt. J’avais en effet passé les sept années précédentes à fréquenter de manière régulière différents groupes de « travail émotionnel » assez intenses, donc challengeants. Ce fut pour moi à ce moment là comme une bouée de sauvetage dans l’océan de ma très ancienne anxiété chronique. Une anxiété dont je n’étais, jusqu’à assez récemment, pas entièrement conscient, nottamment sa nature et ses principales causes. Aujourd’hui je peux enfin mettre des mots dessus : le souffrais d’un traumatisme de négligence. Cela aussi c’est une véritable révolution : pouvoir mettre des mots sur un mal subtil qui nous ronge depuis toujours et qui est en fait partagé par une bonne partie de mes concitoyens, une majorité de la population même ! Il est ainsi indéniable que nous assistons à une véritable petite révolution de comprendre plus concrètement ce qui affecte notre esprit via les travaux de psychiatres avantgardistes spécialistes des traumas (et des addictions). Le terme « trauma complexe », notamment, a été rajouté dans la section « stress post-traumatique » dans la version 11 de la classification internationale des maladie de l’OMS.

Je considère donc ce nouveau domaine des transes comme une sorte de nouvel Eldorado, mais un Eldorado de la conscience : en effet lâcher-prise intensément c’est avant quelque chose qui se vit, qui s’expérimente. Le but est d’accélétrer la reconstruction d’un plus grand sentiment de sécurité intérieure, ce qui nécessite impérativement que cette expérience se vive dans un environnement que l’on apprécie et qui soit profondément bienveillant. Les mécanismes neuronaux et cognitifs de comment le lâcher-prise intense et les états de transes peuvent accélèrer la reconstruction de notre sécurité intérieure sont brillament décrits par la psychiatre belge Caroline Depuydt, dans son ouvrage La promesse des Psychédéliques (Ed. Kennes, mars 2026).

Il existe de nombreux types de transes et je renvoi le lecteur à l’imposant ouvrage collectif dirigé par le professeur Antoine Bioy Le grand livre des transes (Dunod, 2023), véritable encyclopédie moderne sur le sujet.

Je considère aujourd’hui que me libérer progressivement de mon mal être chronique et de mon anxiété, de mes schémas répétitifs et récurrents, d’abord via la méditation, puis la psychothérapie classique, puis la psychothérapie corporelle et les groupes de travail émotionnel, puis la transe respiratoires (dont je suis certifié), m’ont amené au final à m’intéresser à d’autres transes, dont on parle de plus en plus : les transes induites par substances psychédéliques. C’est un domaine qui fascine car innatendu dans le paysage général occidental matérialiste.

De nombreuses études scientifiques sur les psychédéliques ?

Il existe en fait un nombre impressionnant d’études sur les usages médicaux des psychédéliques pour la santé mental et c’est avec un fort  étonnement que la population apprend ça, y compris les professionnels de la santé, les médecins, les psychiatres. C’est fortment challengeant pour un esprit cartésien occidental. Car cela renverse une partie de nos croyances communes et de notre façon de voir et de nous représenter le monde et la conscience. En effet un faisseau d’indices de plus en plus croissant amène à reconsidérer l’origine de la conscience, ce qui bouleverse le cartésianisme et le matérialisme. C’est reconsidérer notre répulsion et nos peurs vis à vis des domaines spirituels (notamment en France) ou liés aux cultures et savoirs des peuples premiers et indigènes, mais également à des professions comme magnétiseurs ou médiums par exemple. Le fait que la conscience existerait sans activité cérébrale (nombreuses études depuis les années 2010) propulse cette nouvelle compréhension des choses et apporte de l’eau au moulin des partisants d’un nouveau modèle général post-matérialiste, qui gagne graduellement mais fortement en poularité, y compris dans les milieux scientifiques.

De nombreuses personnes, notamment les personnes curieuses, les jeunes en particulier, et pas que les jeunes ayant déjà consommé de manière récréative des substances comme l’ecstasy, découvrent un univers très vaste, avec son histoire, ses découvreurs et ses leaders, son évolution, ses nombreuses péripéties, ses aternoiements, son actuelle renaissance. De nombreux ouvrages ont été écrits sur le sujet. Je ne citerai que deux exemples : le best-seller Les nouvelles promesses des psychotopes, du journaliste Michael Pollan, et Voyage dans les médecines psychédéliques de la journaliste française Dominique Nora, et également de plus en plus de reportages pédagogiques (tels la série Netflix en 4 volets Voyage aux confins de l’esprit), voient le jour.

Une équipe de l’Université de Tuft – Boston s’intéresse aux psychédéliques

Une équipe de chercheurs américains explore actuellement une voie inattendue pour traiter les formes sévères du syndrome de l’intestin irritable (IBS/SII) : la psychothérapie assistée par psilocybine, la molécule active des « champignons hallucinogènes », que je préfère largement appeler « champignons à psilocybine » tout simplement.

Derrière cette approche encore expérimentale se dessine une idée forte : et si, chez certains patients, l’intestin gardait la mémoire du stress, des traumatismes ou d’une hypervigilance chronique du système nerveux ?

Le syndrome de l’intestin irritable : une maladie du dialogue intestin-cerveau

Le syndrome de l’intestin irritable touche des millions de personnes. Douleurs abdominales, ballonnements, diarrhée, constipation, hypersensibilité digestive… les symptômes peuvent devenir invalidants, malgré des examens souvent « normaux ». Dans mon expérience thérapeutique personnel, en tant que naturopathe et conseiller en phytothérapie (faculté de médecine de Bobigny, 2004),  j’ai pu observer un pourcentage particulièrement élevé de mes clients (au minimum 65%) soufrant de troubles anxieux, plus ou moins fortement, ou de contextes de vie stressants, régulièrement post burn out. Je ne suis donc pas du tout étonné qu’un tel essai clinique soit aujourd’hui proposé par une gastro-entérologue, la Dre Erin Mauney. Celle ci explique qu’elle avait été intrigué par le livre best-seller du journaliste Michael Pollan, puis par l’étendu de la recherche.

Depuis plusieurs années, la recherche s’éloigne d’une vision purement digestive du problème. L’IBS est désormais considéré comme un trouble de l’axe intestin-cerveau : le système nerveux, le microbiote, l’immunité et les émotions interagissent en permanence, d’où la popularité des contenus concernant le nerf vague, puisqu’il est l’une des principales interfaces de cet axe.

Chez de nombreux patients, on retrouve :

  • un stress chronique,
  • des antécédents traumatiques,
  • une hypersensibilité du système nerveux autonome,
  • une perception amplifiée des sensations internes (« interoception »).

Autrement dit : l’intestin ne serait pas seulement inflammé ou dysfonctionnel. Il pourrait être « conditionné » à rester en état d’alerte. Sur un mode « disque rayé et répétitions du vécu subjectif », exactement le même mode observé pour les addictions et d’autres caractéristiques du stress post-traumatique (PTSD post-traumatic stress disorder, en anglais).

Une première étude clinique avec la psilocybine

La Dre Erin E. Mauney, affiliée notamment au Massachusetts General Hospital, conduit actuellement le premier essai clinique évaluant la psilocybine dans les formes résistantes de syndrome de l’intestin irritable.

Le protocole prévoit :

  • plusieurs séances préparatoires avec des thérapeutes spécialisés,
  • une séance sous psilocybine,
  • des séances d’intégration psychothérapeutique,
  • ainsi qu’une analyse du cerveau par IRM fonctionnelle.

L’objectif n’est pas seulement de diminuer les symptômes digestifs, mais de comprendre comment la substance agit sur la perception corporelle, les circuits émotionnels et la communication intestin-cerveau.

Pourquoi les psychédéliques pourraient-ils aider ?

Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses.

1. Réduire l’hypervigilance du système nerveux

Chez certains patients IBS, le cerveau interprète les signaux digestifs comme des menaces permanentes. Une simple distension intestinale peut être vécue comme douloureuse.

La psilocybine semble capable de « desserrer » temporairement certains réseaux cérébraux impliqués dans :

  • l’anxiété,
  • la rumination,
  • l’anticipation de la douleur,
  • l’hypercontrôle émotionnel.

Cela pourrait permettre une reconfiguration plus souple de la perception corporelle.

2. Favoriser la neuroplasticité

Les psychédéliques augmentent la plasticité neuronale : le cerveau devient momentanément plus apte à créer de nouvelles connexions.

Cette fenêtre pourrait aider certains patients à sortir de schémas anciens :

  • peur des symptômes,
  • anticipation digestive,
  • stress post-traumatique somatisé,
  • évitements alimentaires compulsifs.

3. Agir sur la dimension émotionnelle de l’IBS

De nombreuses études montrent un lien étroit entre IBS, anxiété et dépression. Or la psychothérapie assistée par psychédéliques (PAP) a déjà montré des résultats encourageants dans ces domaines.

Les chercheurs pensent donc que l’amélioration psychique pourrait indirectement soulager les symptômes digestifs.

Une révolution… mais encore beaucoup de prudence

Il est important de souligner que cette approche reste expérimentale.

Nous ne savons pas encore :

  • quels patients pourraient réellement bénéficier de ce traitement,
  • quels sont les effets à long terme,
  • ni si les améliorations digestives seront durables.

La psilocybine n’est en aucun cas une « pilule miracle » (ni aucune autre substance psychédélique d’ailleurs). Dans les essais cliniques, elle est toujours utilisée dans un cadre médical très structuré, avec accompagnement psychothérapeutique.

Par ailleurs, les psychédéliques peuvent parfois provoquer :

  • anxiété,
  • expériences émotionnelles intenses,
  • désorientation,
  • effets psychiques difficiles chez certaines personnes vulnérables.

L’encadrement médical (et surtout la formation du personnel à cette nouvelle approche) est donc indispensable.

Ce que cette recherche change déjà

Au-delà du traitement lui-même, cette étude marque peut-être un changement profond dans notre compréhension des maladies fonctionnelles digestives.

Elle suggère que :

  • le corps et le psychisme ne peuvent plus être séparés artificiellement,
  • les symptômes digestifs peuvent être liés à des mémoires émotionnelles profondes,
  • et qu’un travail sur le système nerveux pourrait parfois transformer durablement la physiologie digestive.

L’intestin ne serait plus vu uniquement comme un organe digestif, mais comme une interface sensible entre le cerveau, les émotions, l’immunité et l’histoire personnelle.


Sources principales

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