22 Oct 2016

Biofilms : quand les microbes s’organisent

Les biofilms on en entend de plus en plus parler : c’est un terme qui est apparu avec la meilleure compréhension du fonctionnement des bactéries et du microbiote intestinal humain en particulier, un des domaines d’exploration des plus prometteurs. Le Dr Bruno Donatini, par exemple, a évoqué ce sujet à plusieurs reprise dans ses conférences. De nombreux laboratoires font des investigations actuellement sur le sujet, comme par exemple Biophenix ou Klaire Labs (http://www.klaire.com/prod/proddetail.asp?id=K-INT) parmi bien d’autres ; Nutergia, Pileje ou Bionutrics ont bien-entendu leur propre stratégie.

 

Les biofilms. Ils sont partout : dans le ciel, les rivières, les océans, les sources chaudes, dans les glaciers, nos maisons, dans et sur notre corps, sur les rochers, sur nos lentilles de contact et sur nos implants médicaux. Ils sont la hantise des milieux hospitaliers et des laboratoires pharmaceutiques : les microbes organisés en biofilms !

Que savons-nous au juste des microbes ? Sont-ils vraiment nos ennemis ? Quels bénéfices nous apportent les biofilms ?

Biofilms digestifs résistants et/ou infectieux. Après cette présentation générale, c’est la notion de biofilm digestif qui sera approfondie. En effet, c’est une notion clé pour comprendre ce qui se passe dans le système digestif de nos contemporains et qui est impliqué dans tant de désordres immunitaires et neurodégénératifs. La qualité et la diversité microbienne du microbiote humain est en danger : la préservation de notre espèce est en jeu!

D’une génération à l’autre, les bonnes bactéries, rempart de notre monde intérieur, font à vu d’oeil, et cela créé d’innombrables soucis quant à l’intégrité de notre système immunitaire. Il est temps de se ré-approprier l’origine de notre microbiote : les bactéries de la terre, naturellement sélectionnées par les plantes et les légumes que nous consommons (endobiote), et qui nourrissent normalement également les animaux que nous consommons. La « bonne » bactérie de la terre, ainsi que la « symbiose mycorhizienne » fera l’objet d’un autre article passionnant. 

En attendant, les excès d’utilisation des antibiotiques continuent : cela commence à pauser des problèmes sérieux, à tel point que la résistance aux antibiotiques est en train de devenir un véritable sujet de santé publique. Nos médias nous alertent de plus en plus de ce réel danger.

 

A/ QUE SAVONS-NOUS AU JUSTE DES MICROBES ?

 Quelques grandes figures à l’origine de leur découverte :

  • Louis Pasteur (1822-1895 ) qui fut un des acteurs majeurs de la révolution microbienne du 19è mit en évidence les germes de l’atmosphère.
  • Joseph Lister (1827-1912) améliora la survie post-opératoire en vaporisant du phénol sur les instruments chirurgicaux et sur les plaies.
  • Robert Koch (1843-1910 ) identifia les agents responsables des principales maladies infectieuses (dont la tuberculose).
  • Ignace Semmelweis (1818-1865 ) découvrit les infections nosocomiales dès 1850. Il fut cependant tourné en ridicule pour avoir démontré toute l’utilité de se laver les mains entre la dissection d’un cadavre et un accouchement ! Un grand romancier français, L.F . Céline lui consacra sa thèse de médecine.
  • Enfin, on trouve même une femme : Fanny Hesse qui cuisinant avec l’agar-agar en suggéra l’emploi à son mari Walter qui intégra ensuite l’équipe de Robert Koch en 1881 et lui suggéra de l’employer pour isoler de pures souches de bactéries ! A son époque elle ne reçut aucune gratification financière pour sa découverte qui reste cependant fondamentale à notre époque moderne.

 

Le père des biofilms. C’est à la fin des années 1970 que le microbiologiste canadien J. William  Costerton (1934-2012) proposa le terme de biofilm pour décrire le mode de croissance principal des bactéries. Il fut  le premier à mettre en évidence  leur résistance aux agents antibactériens. En 1995 il devint directeur du département de recherches sur les Biofilms au Centre des Sciences du Génome à l’université de Pittsburgh (USA).

500px-biofilm

Définition d’un biofilm 

C’est une  communauté bien organisée de micro-organismes  (bactéries, champignons,  algues, virus et autres micro-organismes tels que des débris) qui s’attachent à une surface humide en s’enrobant dans une matrice collante ; ce qui les rend quasi indestructibles.

Trois facteurs sont vitaux pour le développement des biofilms : un milieu aqueux (n’importe lequel convient), des nutriments (des résidus alimentaires sur une planche à découper, du sérum humain, des particules de sols contaminés, du pétrole…) et une surface d’adhérence vivante ou inerte (une dent, un rocher, un tuyau, etc…). 

 

Les biofilms et notre corps. On en retrouve partout chez l’homme : sur nos dents, à l’intérieur de notre oreille moyenne, dans notre appareil gastro-intestinal où nous aurions un total de 1014 (plus que sur la peau, avec une concentration cent fois supérieure à l’aine ou aux aisselles), dans l’appareil uro-génital, dans les voies respiratoires, dans les yeux, dans les voies urinaires, et même sur les implants cardiaques, sur les  stents et les sutures percutanées ! 

 

B/ SONT-ILS VRAIMENT NOS ENNEMIS ? 

Les biofilms sont-ils dangereux pour la santé ?

Johny, l’un des enfants de John William Costerton mourut de la mucoviscidose. Il fut démontré que les biofilms de quatre bactéries étaient responsables de l’infection des poumons des patients atteints de cette maladie. Parmi celles-ci le Staphylocoque doré et Pseudomonas aeruginosa qui manipule son hôte et finit par se débarrasser de son rival et tuer le malade…

  Donc, oui certains microbes sont dangereux pour notre santé : ils seraient responsables de 65 % des infections nosocomiales et présents dans 80 % des infections humaines. Cela dit, pas de panique : Louis XIV vécut jusqu’à 77 ans en ayant pris son premier bain à 14 ans ! La microflore de notre tube digestif étant une importante barrière protectrice de notre immunité, il est capital d’éviter les produits d’hygiène agressifs, sinon le déséquilibre s’installe : diarrhées, etc.

Après avoir évolué dans un milieu stérile pendant neuf mois, dès son  passage par le vagin maternel,  le bébé entre en contact avec les microbes : son écosystème corporel s’installe pour toute sa vie.

En fait notre flore intestinale est en partie constituée de biofilms bactériens. De récentes études ont mis en évidence trois entérotypes (ou signatures bactériennes intestinales). Cette découverte ouvre des perspectives dans le domaine de la nutrition et de la santé humaine. Ces bactéries nous aident à digérer les aliments, elles limitent les contaminations par d’autres micro-organismes ; elles gèrent notre écologie microbienne. Bref, les biofilms de bactéries jouent un rôle majeur  dans notre environnement. Ce rôle est double.

Pour le meilleur : ces micro-organismes évoluent avec leur hôte et jouent un rôle décisif dans la digestion chez les ruminants, tout comme chez l’homme où la flore intestinale fait barrière contre les germes pathogènes, grâce à des probiotiques (des micro-organismes ingérés vivants) et des prébiotiques (des nutriments pour cette flore).

 

One biofilm reach the bloodstream they can spread to any moist surface of the human body. Source: Center for Biofilm Engineering, Montana State University-Bozeman

Source: Center for Biofilm Engineering, University-Bozeman

Pour le pire : et  quand l’infection devient chronique, c’est qu’il y a un biofilm de microbes derrière (voir document ci-contre)

Quelques exemples vont montrer la très forte résistance de la coque / de la matrice de ces biofilms confrontés aux bactéricides et aux défenses immunitaires de l’hôte.

Côté alimentation, les salmonelles, la listeria, causent d’infections graves vu que cette dernière est psychotrophe (elle peut se multiplier à zéro degré, donc très facilement dans nos réfrigérateurs où elle peut aisément contaminer un aliment mal protégé). Pour mémoire,  elle causa 63 décès et 24 avortements après consommation de langue de porc en gelée et de rillettes. Autres ennemis de nos aliments la toxine botulique qui se rencontre parfois avec des aliments mal stérilisés. Une bactérie pathogène bien plus dangereuse que l’arsenic : elle entraîne une paralysie générale des muscles du malade.

Côté habitation les dangers rôdent sur les murs humides de nos cuisines ou de nos caves avec Penicillum Aspergillus qui les colonise très facilement. Et bien entendu un autre biofilm pathogène mortel : Mycobacterium avium qui se régale dans nos salles de bains avec les pommeaux de douches en provoquant des problèmes respiratoires (toux, essoufflement) chez les populations les plus fragiles (les femmes enceintes, les jeunes enfants et les personnes âgées).  La liste pourrait se compléter avec Helicobacter pylori impliquée dans les ulcères d’estomac, Campylobacter jejuni et Campylobacter coli responsables de nombreuses infections intestinales, Escherichia coli dans les infections urinaires, et le célèbre Staphylocoque doré présent dans le mucus des sinus des patients atteints de rhinosinusite chronique. Les souches les plus virulentes de ce dernier possèdent même des coagulases( des enzymes provoquant la coagulation du plasma sanguin) et des hémolysines qui s’attaquent aux leucocytes ainsi qu’aux hématies.

En outre les biofilms ont la capacité de secréter des plasmides R, très petits fragments d’ADN 4 à 5000 fois plus petits que des chromosomes, qu’on retrouve dans le cytoplasme des bactéries et  qu’elles échangent entre elles.

Trois exemples vont l’illustrer leurs immenses capacités de nuisances :

  • en 1959 deux microbiologistes japonais observèrent une épidémie de dysenterie causée par des bactéries (des shigella dysenteria) et découvrirent qu’elles résistaient aux sulfamides et à trois familles d’antibiotiques différents  (la tétracycline, le chloramphénicol et la streptomycine) ce qui rendait inopérant le traitement des malades. Les chercheurs découvrirent que cette multi-résistance se transmettait non seulement de bactérie à bactérie d’une même espèce, mais à d’autres espèces.
  • En 1968 : cette fois-ci ce furent 12500 personnes qui décédèrent au Guatemala de la même dysenterie. Or les shigella responsables présentaient le même plasmide R de multi-résistance que celui découvert neuf ans plus tôt au Japon.
  • En 1972 ce furent les bactéries salmonella enterica typhi qui récupérèrent le plasmide R. Bilan : 14000 morts au Mexique par cette épidémie de fièvre typhoïde.

 

nosocomial-bis           nosocomial-3

Les infections nosocomiale

A- Définition 

C’est une infection contractée lors de soins donnés en milieu hospitalier. Elle apparaît au minimum après deux jours d’hospitalisation du malade.

 

B- Combien de patients sont touchés dans notre pays

En France, chaque année, environ 5 % des patients qui séjournent dans un milieu  hospitalier contractent un infection nosocomiale. D’après une étude réalisée en 2012  par l’Institut national de  Veille Sanitaire , un patient hospitalisé sur vingt (soit 5%) contracte une infection dans l’établissement où il est soigné.  Ce chiffre à peu près stable depuis 2006. Cela représente environ 750 000 infections par an, responsables directement de  5000 décès en France. Quatre facteurs entrent en compte :

  • le type d’établissement : les centres de lutte contre le cancer sont très visés. Mais un hôpital neuf peut très bien être atteint comme ce fut le cas de l’hôpital G. Pompidou où, en 2000, survinrent des cas de légionellose causée par un biofilm contaminé qui avait colonisé les  tuyaux d’eau chaude,
  • le secteur concerné (0,8 % en obstétrique contre 23 % en réanimation où le matériel invasif est plus colonisé (sondes, intubations, etc.),
  • la durée du séjour (15 fois plus de nosocomiales chez des patients hospitalisés de 30 à 89 jours que chez ceux dont l’hospitalisation dure de 2 à 7 jours,
  • le profil du patient : les patients  de plus de 65 ans, les très jeunes, ceux atteints d’une maladie sévère, les immunodéprimés, les opérés ou ceux exposés à un dispositif invasif (sonde urinaire, cathéter vasculaire ou intubation/trachéotomie) sont plus touchés que les autres.

 

C- Les 3 bactéries  responsables de la majorité des cas d’infections nosocomiales 

    Au top 5 des nosocomiales se trouvent :

  • les infections urinaires arrivent en tête, avec 40 % des cas (mais elles sont rarement graves),
  • suivies des pneumonies (16%) liées à l’intubation ou à la ventilation assistée,
  • puis des infections du bloc opératoire après une intervention chirurgicale (13%),
  • des septicémies (10%) causées par des cathéters veineux infectés,
  • et enfin des infections de la peau et des tissus mous.

Dans plus de la moitié des cas trois bactéries sont en cause :

  • Escherichia coli (26%) découverte en 1885 par Theodor Escherich (1857-1911), pédiatre et bactériologiste allemand qui observa les selles des nourrissons. Cette bactérie, sans danger pour l’homme,  est présente naturellement dans son tube digestif et ses intestins, également chez de nombreux mammifères. Elle résiste à la bile et au pH acide de l’estomac. Mais certaines souches sont devenues pathogènes causant des troubles variés allant de la gastro-entérite, aux insuffisances rénales aiguës appelées  Syndrome Hémolitique Urémique (SHU) où les globules rouges des jeunes enfants sont détruits, avec un tiers des malades conservant des séquelles à long terme. La contamination se fait d’abord par l’absorption d’aliments souillés : de la viande contaminée à l’abattoir. On se souvient  des scandales alimentaires qui éclatèrent avec les steaks hachés Spanghero contaminés par E. coli,  épidémie meurtrière qui fit des milliers de malades en 2012. Citons encore des produits laitiers mal pasteurisés, voire de l’eau et des végétaux crus souillés par cette même bactérie pathogène.
  • Staphylococcus aureus (16%), présent dans la muqueuse du nez, de la gorge et sur le périnée d’environ 15 à 30 % des individus et qui, lors d’implants / de prothèses de hanches ou de genoux en profite pour s’implanter solidement grâce à un biofilm.
  • et Pseudomonas aeruginosa (8,4%), qui se développe dans les sols et en milieu humide (robinets, tuyauteries…).

Dans les autres cas, les  bactéries pathogènes sont soit des streptocoques, soit  encore Acinetobacter baumannii. Les virus, levures (du genre Candida)   et les parasites quant à eux sont très rarement incriminés.

 

bacteries-biofilms

 

D- Les causes et les conséquences de la résistance bactérienne

Avec les bactéries pathogènes, plusieurs souches sont devenues hyper-virulentes car insensibles à la plupart de notre arsenal thérapeutique, ce qui fait trembler les milieux hospitaliers.

  • Parmi les souches d’ E. coli, 17,6% sont devenues résistantes aux céphalosporines de 3e génération (C3G) et 1,4% aux carbapénèmes. Ingérées vivantes les souches pathogènes d’ EHEC vont adopter leurs propre stratégies pour adhérer fortement à l’épithélium intestinal du malade produisant ainsi une protéine nommée intimine qui va détruire les microvillosités intestinales et libérer des vérotoxines (encore appelées shigatoxines) qui  neutralisent les antibiotiques. Et derrière ces stratégies se cachent des gènes : le gène STX qui code les vérotoxines et le gène EAE celui des intimines. Ces toxines vont traverser l’épithélium intestinal, puis circuler dans les vaisseaux sanguins pour aller cibler et détruire des cellules internes des ces vaisseaux, créant des lésions intestinales, rénales et neurologiques au cerveau.

Mais il y a plus redoutable encore avec des stratégies allant très loin : les souches pathogènes sont capables   d’acquérir ces gènes virulents par mutation ou par transfert horizontal. Le gène STX des EHEC est porté par un prophage (forme intégrée dans le génome d’un bactériophage / virus bactérien). Il suffit alors à ce dernier d’infecter d’autres bactéries pour qu’elles se mettent à produire des vérotoxines.

  • 50 % des Staphylocoques dorés impliqués dans une infection nosocomiale résistent à la méticilline !
  • Parmi les souches de aeruginosa, 20% sont résistantes à la ceftazidime ou aux carbapénèmes. 

Ces résistances exceptionnelles obligent souvent les médecins, les chirurgiens à changer leurs traitements, les scientifiques à trouver des matériaux qui diminuent l’adhésion des bactéries par leurs biofilms  et les chercheurs à découvrir des moyens naturels de restaurer la flore intestinale du patient infecté.

 

C/ QUELS BÉNÉFICES  POUR NOTRE SANTÉ ?

Leur rôle protecteur. Nous baignons en permanence dans un nid à microbes nuisibles, mais nous résistons la plupart du temps. Alors pourquoi ?

  • En amont de notre système immunitaire une armée invisible composée de bons micro-organismes veille et nous protège. Tels les lactobacilles et les streptocoques qui défendent les muqueuses du vagin et celles de la bouche en produisant des acides qui neutralisent la croissance de nombreux pathogènes. Cependant ce bel équilibre peut être déstabilisé par l’excès de bains de bouche ou de traitements antibiotiques.
  • Les scientifiques et les industriels ont mis au point une armada de produits pour booster nos bons biofilms en les utilisant partout dans la chaîne alimentaire (cela va des élevages de volailles hors-sol où la crainte de la salmonelle est permanente, en passant par la bière dont les grains d’orge sont ensemencés avec Geotrichum candidum afin d’inhiber la synthèse de toxines durant l’étape du maltage, jusqu’aux yaourts et aux laits fermentés ensemencés avec des micro-organismes spécifiques, des bactéries lactiques spécifiques, tel ce probiotique le Lactobacillus rhamnosus pour traiter ou prévenir la diarrhée, en passant par du chewing-gum aux Streptococcus salivarius…). Si bien que l’utilisation de biofilms protecteurs se retrouve quasiment partout.

 

Les dangers de l’hyper-hygiénisme. Certes l’hygiénisme né au XIXème siècle des progrès remarquables de la médecine a considérablement amélioré la condition humaine en éradiquant de nombreuses maladies ce qui augmenta durablement l’espérance de vie des populations,

Aujourd’hui la situation a radicalement changé. Avec ce paradoxe : d’un côté une hyper-vigilance sanitaire  avec une avalanche de textes juridiques censés protéger le consommateur aussi bien au niveau national qu’européen. Comment un pâtre vivant avec son petit troupeau de chèvres ou de moutons dans les Alpes françaises peut-il trouver le temps de lire les volumineux dossiers émis par d’éminents technocrates de Bruxelles veillant sur notre santé ? Et quand bien même il aurait le loisir  de le faire, est-il suffisamment armé pour décoder le jargon juridico-sanitaire employé par la technocratie censée nous protéger ? Ne risque-t-il pas plutôt de se décourager et  de jeter l’éponge  faisant ainsi disparaître sa petite structure artisanale qui lui suffisait par la vente de ses fromages sur un marché local et où les risques sanitaires étaient limités ? Avec pour corollaires des cessations d’activités en chaîne dans les très petites entreprises de l’agro-alimentaire ; tandis que les médias attisent sans cesse notre peur ancestrale du microbe par le retour de fléaux qui semblaient définitivement  éradiqués : la tuberculose, le choléra, la grippe asiatique (SRAS) ; sans parler de l’apparition de nouvelles terreurs : le sida, la résistance aux antibiotiques, le bioterrorisme.

Cette hyper-vigilance  sanitaire dans tous les pays  ne fait qu’accélérer la désertification du monde rural au profit d’immenses structures de l’agro-industrie produisant des produits dangereux et distribuant à grande échelle des plats cuisinés frauduleux exposant le consommateur à des risques de contaminations bactériologiques  considérables (voir le tout récent scandale alimentaire  des tartelettes au chocolat d’ Ikéa renfermant des traces de matières fécales,  sans parler de l’énorme affaire de la vache folle dans les années 90). Ce problème de manque de transparence et de traçabilité des aliments se complique par l’absence d’informations claires et objectives protégeant le consommateur. Et par l’avalanche d’informations incompréhensibles au consommateur lambda tentant de lire l’ étiquette d’un produit vendu dans un grand magasin. Si bien  que chaque citoyen use et abuse de  produits désinfectants, d’anti-biotiques utilisés préventivement :  lingettes désinfectantes, gels antibactériens, etc. L’arsenal offert est immense pour éliminer les microbes…

Mais le mieux n’est-il pas l’ennemi du bien ?  Vivre dans un monde trop aseptisé ne risque-t-il pas de diminuer nos défenses immunitaires ? On constate déjà les effets de cet « hyper-hygiénisme » lors de voyages à l’étranger où l’on s’aperçoit que notre corps ne supporte plus des conditions moins salubres (d’où ces nombreuses « tourista »).

Mettons-nous donc à l’abri des microbes, mais à bon escient, et continuons à bien nous laver les mains après avoir pris les transports en commun ou nous être mouchés. Continuons à  prendre des douches mais aérons les pièces pour les sécher. D’un point de vue de santé  la prévention coûte moins cher que la curation !

 

De nouvelles applications pour les biofilms 

Nous n’en citerons que cinq face à leur multiplicité :

  • D’abord la « biorestauration » qui permet de « dépolluer » des eaux et des sols souillés.
  • Ensuite des savants ont réussi à mettre au point des piles à combustibles microbiennes utilisant un processus d’oxydation bio-catalytique employant les bactéries de Bacillus stratosphericus et de Bacillus altinidus existant en très grande concentration dans la stratosphère à près de 30 km au-dessus de nos têtes pour convertir des composés organiques en électricité. Cette découverte pourrait être très utile aux pays en voie de développement dépourvus de sources d’énergie.
  • Puis l’utilisation pharmaceutique de biofilms pour produire en grand nombre et à moindre coût des médicaments fiables grâce à des modifications génétiques de micro-organismes en greffant de nouveaux segments d’ADN pour coder la molécule intéressante. C’est ainsi qu’est fabriquée l’insuline de synthèse depuis plus de trente ans,
  • Après cela les « bioreporters » utilisant des biofilms de bactéries génétiquement modifiées pour nous renseigner sur la présence ou l’absence de tel ou tel composé dans un milieu. Du mercure par exemple.
  • Enfin des biofilms utilisés pour lutter contre l’obésité, l’un des maux de notre siècle ! En effet, c’est avec des souris stériles vivant dans des bulles aseptisées que des chercheurs ont mis en lumière la relation étonnante entre microbiote intestinal et obésité : elles raffolent de leurs aliments stériles, au point de s’en gaver tout en restant plus minces que leurs homologues élevées en plein air. Ces souris stériles ont ensuite été contaminées avec des microbiotes de souris, minces ou obèses. Cela a suffi à provoquer chez une souris mince et stérile une prise de poids d’autant plus importante qu’elle provient du microbiote d’une souris obèse. D’où cette hypothèse : l’inégalité de la prise de poids face aux mêmes repas copieux viendrait-elle de la diversité des microbiotes selon les individus ? Mais cette utilisation du microbiote intestinal n’est qu’un volet de ses nombreuses fonctions.

 

Conclusion. Les biofilms sont le mode de vie habituel de nombreuses espèces de bactéries. Leur structure tri-dimensionnelle fournit aux communautés de microbes associés une protection supplémentaire et une résistance hors-norme puisqu’ils sont capables de transfert génétique et de communication intercellulaire parmi les bactéries d’une souche à une autre souche créant ainsi un organisme pathogène hautement virulent.

Chaque année dans le monde entier les infections causées par les biofilms provoquent des dégâts immenses avec la santé de millions de personnes, tandis qu’ils affectent la qualité et le rendement de nombreuses récoltes.

Face à ces menaces deux grandes parades s’imposent . Collective d’abord vu l’immensité des champs d’application des biofilms il est devenu indispensable de rassembler de nombreux spécialistes de diverses disciplines scientifiques pour les amener à travailler en synergie afin de percer les secrets des microbes organisés en biofilms, pour mieux prévenir et traiter les maladies qui leur sont associées. Mais la parade doit se faire également au niveau individuel : nous  pouvons et devons chercher à renforcer notre immunité par une alimentation naturelle, une vie plus saine moins surprotégée par tous les désinfectants et autres bactéricides qui inondent le marché. A chacun de faire comme avec l’alcool : consommer avec modération !

 

Remarques. Dans les milieux des médecines naturelles, on a l’usage de dire que le monde moderne, avec ces qualité indécentes de molécules chimiques et d’aliments dénaturés, le stress et la sédentarité, la vie citadine coupée de la terre, l’excès d’hygiène, est un monde qui favorise la mutation des bactéries qui sont sur nous et en nous. La qualité et la quantité des bonnes bactéries diminuent graduellement depuis quelques dizaines d’années. Pourtant elles jouent un rôle fondamental pour nous protéger, transformer les toxines en molécules neutres, fabriquer des vitamines dans le colon, etc, etc… C’est particulièrement inquiétant pour l’avenir. 

Si vous souffrez de problèmes digestifs, la première chose à faire est de s’assurer que vous avez une production suffisante d’acide chlorhydrique dans l’estomac. Un de ses rôles est d’assainir le contenu de l’estomac des principaux germes. L’absence ou la baisse de l’acide chlorhydrique dans l’estomac est donc l’une des causes de la prolifération intestinale de bactéries néfastes.

Les autres paramètres importants sont :

  • la flore de la bouche
  • mâcher suffisamment
  • dîner tôt ou léger (de façon à se coucher une fois la digestion bien terminée
  • suffisamment d’antioxydants et de chlorophylle dans l’alimentation.

 

Jacques BRALE – Christophe ETIENNE 

Laisser un commentaire